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302 LES BLESSURES DE LA VIE. N’en causons plus, malgré un certain sentiment de rancune que leur souvenir fait gronder au fond de mon cœur ; ce furent elles qui, sous le prétexte de me faire étudier quelque chose, me mirent en tête-à- tête avec Pothier. Ce grave auteur sous le bras, je me faufilai leste¬ ment au milieu d’un joyeux cercle d’étudiants. Ces messieurs n’avaient d’autre souci que de culotter des pipes, lire des romans, et s* emprunter mutuelle¬ ment de l’argent, laissant au communisme — roi de la bande, — les pénibles soins du remboursement. C’était là leur manière de savourer cette liberté, que le soir — dans les grands dortoirs du collège — ils avaient si souvent rêvée sur leurs lits de sangle, en songeant à ces joies inconnues de la ville qui les attendaient, blotties patiemment derrière la classe de philosophie. Pas n’est besoin de dire combien je brillais au mi¬ lieu de cette indolente troupe de lézards. Si quel¬ qu’un plus actif ne m’eût déjà épargné ce soin, à moi seul en ces temps-là, j’aurais découvert la noncha¬ lance et la paresse. On trouva néanmoins le moyen de me tirer de cette vie de quiétisme et de tabac. Depuis longtemps un riche avocat de la ville se mourait de la maladie d’être populaire. Le seul remède possible à la guérison de ce mal — un siège en Parlement — lui était indiqué par son ambition, et il venait d’entrer en campagne électorale,