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296 LES BLESSURES DE LA VIE. Lorsque Paul revint le lendemain, un grand chan¬ gement s’était opéré parmi tout ce monde. L’autorité n’avait plus que des paroles d’indul¬ gence pour lui, et les camarades que j’avais vus les uns après les autres, inventaient les petits soins pour leur jou-jou de la veille. Malgré ce nouvel état de choses, Paul paraissait ne s’apercevoir de rien. Il restait continuellement ab¬ sorbé par une sombre et muette préoccupation où personne n’aurait vu clair, si je n’avais retrouvé le brave ouvrier de la rue Fleurie, travaillant près du Séminaire. De lui j’appris que la petite — il appelait ainsi la sœur de mon ami — relevait de la dangereuse mala¬ die connue sous le nom de fièvre scarlatine. Ce même jour, arriva la lettre du curé des Cèdres. Le professeur m’en donna communication, et bien que neuf longues années se soient écoulées, elle nous navra si fort, dans le temps, que je m’en sou¬ viens comme si elle datait d’hier : Les Cèdres, ce 29 décembre 1859. Monsieur et futur confrère, Depuis dix jours, vous attendez vainement ma lettre. Mon excuse pour ce long retard est simple : je suis curé de campagne.