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292 LES BLESSURES DE LA VIE. peuple qui rarement gardent sur le cœur l’admiration qu’ils ressentent : — En voilà un qui rabote proprement sa planche, bien que ce ne soit pas précisément les nœuds qui y manquent. Qui vous dirait que pour se donner une éducation de monsieur et faire manger des sucreries à la petite, il n’a pas honte de prendre une hache et une scie, avec cette main qui écrit l’écriture, et de travailler chez les voisins. Jamais on ne le voit refuser ses services à personne ; il montre même à lire aux enfants de Madeleine; c’est le frère du quartier, quoi ! Aussi, Javotte, ma femme, une brave femme, Dieu merci, peut-elle se mettre en quatre pour lui. Hier, ne lui a-t-elle pas laissé une chandelle sans qu’il le sût, parce qu’elle s’était aperçu en allant faire le coup de balai dans son grenier, que le pauvre enfant, malgré l’épuisement de tout ce surcroît de travail, apprenait la plupart du temps ses leçons le soir, à la lueur tremblotante du poêle. — Ah ! mon petit monsieur, au jour d’aujourd’hui n’est pas fils de bourgeois qui veut! et il tourna le coin, me laissant en face de cette boutade philoso¬ phique, qui s’effaça bientôt devant l’image de Paul. Ce perpétuel sarcasme des camarades, ces puni¬ tions du maitre, ces incroyables privations, cette pro¬ fonde misère qu’il souffrait résigné sous l’œil de Dieu, me gonflaient le cœur malgré moi. J’avais hâte d’arriver au lendemain, pour dire son fait à la classe, et ce ne fut que le soir, en songeant à tout ce