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HISTOIRE DE TOUS LES JOURS. 285 en lisant attentivement le roman du jour dans sa large causeuse dont 1' origine devait, pour le moins, remonter à l'époque où vivait son grand-père. Tout-à-coup, en faisant un mouvement pour se¬ couer les cendres de mon havane, j'aperçus sur la joue de Madame Morin, mise en pleine lumière par l'abat-jour de la lampe, une larme glisser furtive¬ ment. La prose de Ponson du Terrail faisait merveille, — et la dernière résurrection de Rocambole façonnait cette perle précieuse qui n'aurait dû rouler qu'au con¬ tact de quelque chose de saint et de vraiment mater¬ nel. Ce triomphe du roman à ficelles me bouleversa malgré moi. Je ne pus résister au malin plaisir d'embrouiller la maîtresse du logis au milieu de l’intrigue corsée qui la captivait, et prenant un siège auprès du buffet de Chine sur lequel s'appuyait son livre, je lui dis tout bas à l'oreille : — Que diriez-vous, Madame, si je réussissais à donner une compagne à cette larme qui est là, en train de se sécher solitaire sur le duvet de votre joue ? — Comment vous y prendriez-vous ? fit Madame Morin, en rougissant de sa sensibilité trahie. — En vous contant une histoire. 19