Page:Faucher de Saint-Maurice - À la brunante, contes et récits, 1874.djvu/284

Cette page n’a pas encore été corrigée


278 A LA BRUNANTE. passer le long des oreilles avec une rapidité étourdis¬ sante. Mon pauvre oncle ne faisait plus un mouve¬ ment, et les regardait avec de grands yeux fixes. Heureusement nous touchions aux galets ; nous le transportâmes sans connaissance à la maison, et ce n’est qu’au contact d’un rameau béni qu’il reprit ses sens. — Ton pauvre oncle, paraît-il, n’avait pas de chances dans ses promenades au large, reprit le capitaine Létourneau. — J’étais allé, un jour, avec lui, pour relever les filets que nous avions sur les tangons : lorsqu’en fouillant les varechs et les goémons avec le bout de nos rames, nous y trouvâmes un noyé enlacé. Je voulais le faire embarquer ; mais l’oncle avait peur, et force me fallut de remettre le cap sur terre. Il n’avait pas compté sur le noyé qui, paraît-il, était du même avis que moi, et qui ne pouvant venir se coucher sur le banc de la chaloupe, s’était mis à la suivre avec une persistance inouïe. En se penchant derrière le gouvernail, on le voyait qui nageait silen¬ cieusement dans le sillage. — Allons, dis-je à l’oncle, un peu de charité pour l’amour de Dieu ; tu vois bien que ce pauvre mort désire être mis en terre sainte. Laissons-le embar¬ quer. — Embarque-le, me dit-il. Je le sortis tout ruisselant du fleuve et, en arrivant à terre, nous le déposâmes sous le hangar en espérant