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A LA VEILLÉE. 277 ses lèvres, si le petit Descoteaux, penché vers la fenêtre depuis quelques instants ne lui eût crié d'une voix chevrottante : — Prends garde, Jérôme, les marionnettes sont sur la maison. Ce curieux avertissement rendit Tanguay muet comme un poisson. C'est une croyance commune à beaucoup de pêcheurs et d'habitants qui vivent sur le littoral du bas Saint-Laurent, qu'un air d'instrument ou une chanson dite le soir, lorsque le temps est calme, fait danser les marionnettes à volonté. Malheur à l’imprudent Orphée qui s'amuse à jouer avec les sylphes mystérieux qui tressent les blonds fils de l'aurore boréale. A mesure qu'il les regarde nouer leurs valses tournoyantes, il se sent fasciné : peu-à-peu sa pupille se dilate, le chant devient de plus en plus faible ; à peine l'entend-on, et le lendemain matin, le paysan matinal retrouve l'impressario immobile sur la grève. Son âme s'en est allée se mêler à la danse vertigineuse des ma¬ rionnettes. Un soir, ajouta Descoteaux en m'expliquant cette poétique croyance, nous étions allés faire une prome¬ nade au large, lorsqu'un de mes oncles s’avisa de les faire danser. Petit-à-petit leur cercle de feu vint se rétrécir au-dessus de notre tête ; les marionnettes se mirent à tournoyer autour de la berge et à nous