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268 A LA BRUNANTE. — Moi, j’ai tué une baleine avec de la cendrée\t Mais Urbain Biais, silencieux jusqu’alors, jugea à propos de l’interrompre : — Parole d’honneur, vous êtes tous ensemble encore plus blagueurs que le notaire Pierron. Depuis huit ans, il se fait élire en nous promettant six che¬ mins de colonisation, trois ponts, des octrois de terre gratuits, un chemin de fer, deux quais, le télégraphe, une ligne de vapeur hebdomadaire, et la poste tous les jours. Rien qu’à l’entendre nous dire de ces choses à la porte de l’église, l’eau vient à là bouche. Pétris de reconnaissance, nous sommes tous heureux de l’élire par acclamation, et à l’élection suivante, ça recommencecar le gouvernement, dit-il, n’a pas eu le temps de s’occuper de notre comté qui se trouve malheureusement un des derniers sur la liste alpha¬ bétique. Mais cela arrivera indubitablement pendant ce nouveau parlement ; car lorsque la chambre a été prorogée, il a pris des informations officielles, et le sous-chef des travaux publics lui a répondu que les ministres étaient arrivés à la lettre K. — La lettre K ! mais ça doit être le comté de Kamouraska, reprit le capitaine Létourneau. Il m’y est arrivé une mystérieuse aventure, et je regrette de venir vous la conter, après les gigantesques prouesses de Jean Bart et de Bidou ; chacun ici leur a donné sa part de crédulité, et personne ne me croira. — Contez, contez toujours, capitaine, cria toute la maisonnée, peu fâchée de mettre en déroute maître