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A LA VEILLÉE. 265 voici ce qui m’est arrivé personnellement, à moi, Jean Bart le pécheur. Tu sais, Bidou, comme à la marée haute le gibier aime à fréquenter l’Anse des Morts : je passais par là en charrette, il y a de cela assez longtemps, lorsqu’à quelques arpents de la grève, je vis une bande d’ou¬ tardes prendre joyeusement ses ébats. Je n’étais pas comme Jérôme Tanguay, moi ; car j’avais laissé mon fusil à la maison ; mais tu sais que les expédients ne me manquent pas. A ta santé, Bidou ! ainsi qu’à la compagnie ! Je me déshabille, me glisse doucement sous la lame, et me maintenant entre deux eaux, j’arrive silencieusement à mes outardes. J’avais eu soin d’emporter mes cordeaux, car j’avais foi dans la tran¬ quillité ferme et inébranlable de Barnabè, qui était cheval à ne pas broncher pendant mon absence. Doucement, tout doucement, je glisse en sournois un nœud coulant sous la patte de chacune d’elles, et jugeant le moment convenable pour respirer, je sors victorieusement ma tête hors de l’eau, au milieu de mes quarante outardes, tout en ayant soin de tenir fortement le bout de mes cordeaux. Mais, mille morues ! mon pauvre Bidou ! c’était à f'se croire sâoul, je me sens soulever tranquillement, et me voilà en train de fendre les airs avec une rapi¬ dité vertigineuse derrière mes outardes; car elles étaient bien malheureusement à moi ces outardes. J’avais beau serrer les rênes, rien n’y faisait, et nous rasions toujours la surface verte et clapoteuse du