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▲ LA VEILLÉE. 259 Ceci était connu par toute la côte ; aussi leur arri¬ vée fut-elle saluée par des hourrahs enthousiastes. — Nous avons vu de la lumière, et nous sommes entrés, balbutièrent-ils tous les deux ensemble. — Mais vous êtes les bienvenus, répartit Jérôme tout radieux ; prenez une chaise, un coup et du tabac. — Merci, merci, Jérôme, ça n’est pas le cœur qui te manque, toi, hasarda le sentimental Bidou. — Oui, reprit Jean Bart, il ressemble sous ce rapport à mon pauvre Jean, de Manicouagan. Te rappelles-tu, Bidou, comme il savait nous offrir avec grâce et à propos de ce magnifique gin qu’il avait sauvé lors du naufrage de la Magicienne, sur les terribles bancs de sable de là-bas. — Si je m’en rappelle, Jean Bart ? mais il faudrait être ingrat envers Dieu et envers sa créature, ton fils, si je n’avais pas rangé le jour où j’ai fait sa con¬ naissance parmi les plus beaux et les plus courts de ma vie. Mille grapins ! chaque soir où tinte 1’An¬ gelus dans les paroisses, c’était moi qui remplaçais la cloche absente, et je te'disais : — Allons, Jean Bart, il est temps d’aller prendre de l’appétit chez ton descendant. — C’est vrai cela, et nous partions, bras dessus, bras dessous, pour passer la veillée chez ce cher J^m. Ah ! que de bonnes histoires on se contait devant ces trois grosses futailles de pur Hollande qu’il avait arrachées à un péril imminent, comme dit