Page:Faucher de Saint-Maurice - À la brunante, contes et récits, 1874.djvu/261

Cette page n’a pas encore été corrigée


A LA VEILLÉE. 253 Et quand nous fûmes en pleine mer, On vit venir trois gros navires, Courant sur nous à grand* furie. Trois coups de canon ont tiri, Visant notre gaillard derrière ; Sans aucun mal purent nous faire. Le Capitaine s’est écrié : — Y a-t-il de nos gens de blessé ? Ah ! oui vraiment, mon capitaine, Regarde donc le contre-maître, — Mon contre-maître, mon bon ami, Aurais-tu chagrin de mourir ? — Tout ce que je regrette au monde, C’est le joli cœur de ma blonde. — Ta blonde, nous l’enverrons chercher Par trois soldats de VAmérique, Tant 'oin qu’elle les voit venir, Ses pleurs, elle ne peut retenir : — Ne pleurez pas jeune galante, Sur la blessure qui me tourmente. — Je vendrai, robes et jupon, Et mon anneau, puis ma coiffure, Galant, pour guérir ta blessure. — N’engage rien de ton butin ; N’engage rien dedans ce monde, Car ma blessure est trop profonde.— Sur les deux heures après minuit, Le beau galant rendit l’esprit. — Adieu la brune ! adieu la blonde ! Moi, je m’en vais dans l’autre monde ! J’étais en train de songer à ce jeune et élégant contre-maître frappé par un boulet sur le gaillard 17