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236 A LA BRUNANTB. D’habitude j’écrivais de quatre à six heures l’après- midi dans une petite chambre située sous les man¬ sardes. Là, je m’installais en face d’une lucarne qui s’ouvrait sur le plus beau des paysages Lauren- tiens, et pendant que, les yeux perdus dans ce ma¬ gnifique horizon qui se déroule entre la Canardière, l’Ile d’Orléans et St. Joseph de Lévis pour aller se fermer à la cime bleuâtre du Cap Tourmente, je courais après l’idée fugitive, Charles se glissait sans bruit dans la chambrette, et s’asseyait discrètement sur le tapis, en arrière de ma chaise. Il s’amusait alors à bâtir des maisonnettes et des petites chapelles, avec ces piécettes de bois blanc que tournent si gentiment les ouvriers de Nuremberg ; puis, une fois le monument terminé, il tirait d’un coffret des images, de ces mille et un riens qui réjouis¬ sent tant les enfants, et en ornait son chef-d’œuvre d’architecture. A le voir jouer ainsi, grave, insoucieux, je m’étais mis en tête qu’il avait déjà oublié celle qui l’avait tant aimé ; mais un jour que fatigué de tous ces joujoux, il s’était assis sur la fenêtre, il me dit tran¬ quillement, en me montrant les nuages gris qui couraient vers le golfe : — Le temps est couvert comme pendant l£i journée où l’on enterra mémère. Alors, je vis qu’il y pensait toujours. Cela se passait en juin, et l’on sait que notre fête nationale tombe le vingt-quatre de ce mois. Or,.