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234 ▲ LA BRUNANTE. gauchement fait rouler un gros caillou sur le cou¬ vercle de la bière, Charles me tira par la manche de mon habit et me força à me pencher jusqu’à son oreille. — Pourquoi mettre grand’mère là-dedans, dit-il ; est-ce que personne n’ira la réveiller ? Mais, regarde donc, Henri ! ils lui jettent des pierres. — Pauvre enfant, mère-grande est là, parcequ’elle est morte ; ce trou est le chemin par où l’on passe pour aller voir le bon Dieu, et elle n’en sortira plus qu’au jour du Jugement ; alors seulement les morts se réveilleront. Pendant que la terre se nivelait, Charles ne dit plus rien ; mais au tremblement de sa petite main, je sentis qu’il avait compris, et ce soir-là, je l’entendis pleurer tout bas dans son lit. Cette journée des funérailles avait été humide, et vers la veillée, le vent de nord-est se mit à souffler. Dans la nuit, Charles eut un léger accès de fièvre, et, pour l’endormir, je fus forcé de remplacer grand’- mère et de lui chanter la navrante berceuse de Voitelain : Dodo ! l’enfant dodo ! Les malheureux vieillissent vite, Dodo ! l’enfant dodo ! Garde tes larmes pour tantôt !