Page:Faucher de Saint-Maurice - À la brunante, contes et récits, 1874.djvu/241

Cette page n’a pas encore été corrigée


dodo! l’enfant! 233 et la sagesse de ses vieux ans. C’étaient là les hochets de l’enfant, et rien n’égalait la joie char¬ mante qu’il éprouvait lorsque la leçon se cachait sous un de ces contes comme elle seule savait nous les dire. Une nuit pourtant, ces lèvres fines et gauloises se fermèrent à tout jamais. Une faible indisposition s’était déclarée ; puis, survint un léger étourdissement ; alors grand’mère avait voulu se faire transporter sur le canapé où cinquante ans auparavant son mari était mort, et là, sans douleur et sans remords, elle avait remis son âme entre les mains du Créateur. Dans la maison, ce fut pire que l’abomination de la désolation ; tout le monde sanglottait, et pourtant il fallut bientôt se séparer de la chère dépouille. Grand’mère prit donc le chemin du cifnetière, suivie d’un convoi bien mince ; les justes laissent si peu de traces ici-bas ! Mon compagnon de route et de tristesse fut le petit Charles. Sa main dans la mienne, il marchait à pas inégaux, les yeux rougis, sans trop savoir pourquoi ; c’était le premier mort qui traver¬ sait sa vie, et le pauvre enfant ignorait encore le profond mystère de la tombe. Il fut silencieux jusqu’à la fosse ; mais lorsque les cordes crièrent, lorsque le cercueil, balancé au- dessus du trou, fut déposé sur son lit de terre, lors¬ que le premier coup de pelle du fossoyeur eut