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222 ▲ LA BRUNANTE. Les qualités de ma grand’mère se font rares en nos jours de politique et d’agiotage ; et si par hasard je vous avais déjà dit ce qu’elles étaient, il est bon que je vous le dise encore. Dans notre famille, ma grand’mèrea joué le rôle des grands génies vis-à-vis de l’humanité. Douce, prévoyante, parole convaincue, ferme et ardente, excellent conseiller, dévotion évangélique, chez nous elle a tout conservé, tout embaumé sur son passage. Aussi, lorsque nous la nommons, nos voix tremblent, nos cœurs s’émeuvent, et à cette heure même, une larme coule sur ma joue et se mêle à ces lignes. C’est que, voyez-vous, son lot sur terre n’a pas été ce qu’il y a de plus rose. Nous étions dix à la maison. Tout cela criait et mangeait plus que pauvreté ne l’exigeait. Tout cela avait besoin de louanges, de réprimandes, d’avis, de douces paroles, de péni¬ tences et de bonbons, et Dieu merci ! rien ne nous a manqué de ces choses nécessaires, les bons- bons inclusivement. Quand, à travers les années, je me retourne vers mon enfance si lointaine et si joyeuse, je revois encore ma grand’mère, tricotant frileusement au coin de son feu et racontant à ses petits enfants réunis autour d’elle, les infortunes du Chaperon Rouge, les grandeurs de Peau d’Ane, la conduite