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LE BAISER D’üNE MORTE. 15 — Qu’est-ce que c’est? que me voulez-vous à une heure aussi avancée? répliqua-t-il; il n’y a que les ivrognes, les voleurs et les loups-garous dehors par un temps pareil. Il avait prononcé ce mot “loups-garous” avec une telle intonation, que le peu de courage qui me restait se prit à basculer. Vraiment, je les entendais dans la nuit accourir derrière moi, et, comme avant-coureur de leur tourbillon, un étrange frisson me circulait dans le dos ; néanmoins, j’avais ouï dire que ces esprits malins ne se rassemblaient jamais avant mi¬ nuit ; je suspendis donc ma souleur à deux mains et reprit doucement : — Mais, père Chassou, il est à peine neuf heures ; je viens vous demander de me prêter une chanterelle ; regardez-moi bien, je suis Mathurin votre troisième voisin. — Ah ! ah ! ah ! le petit Mathurin que je prenais pour un des gens de la bande de Chambers, ricana-t- il en me mettant sa bougie sous le nez ; entre, mon garçon, viens-t-en auprès du feu, car il bruine de¬ hors ; tu veux une chanterelle ? mais tu joues donc du violon ? — Oui, un peu, père Chassou. — Et qui te l’a montré ? — Personne, ou plutôt Richard le colporteur. — Ce qui revient au même, ajouta le père Chas¬ sou en soutirant une prise d’une belle tabatière d’or,