Page:Faucher de Saint-Maurice - À la brunante, contes et récits, 1874.djvu/222

Cette page n’a pas encore été corrigée


214 ▲ LA BRUNANTE. On aurait dit que le ciel écroulé s’en venait de¬ mander un point d’appui à la terre. Les feux du bivouac étaient enfouis ^sous les draperies de la tempête, les chiens de ferme hur¬ laient au néant qui semblait les envelopper ; tout était triste et poignant dans cette terrible nuit du Nord, et pourtant une femme s’en allait au milieu du chaos. Seule, en tête-à-tête avec la tourmente, elle allait toujours. Le vent glaçait son voile, ses cheveux se roidis- saient sous le givre, ses mains étaient bleuïes par les étreintes de l’onglée, son petit pied se retirait péniblement d’un abîme pour retomber dans un abîme, et, sans souci de l’ouragan, isolée dans cet isolement, la pauvrette allait toujours. Il fallait être trempé d’une volonté d’acier pour sortir par un temps pareil, et tantôt trébuchante, tantôt se relevant, elle allait toujours droit devant elle, lorsque tout-à-coup elle s’arrêta sous un des enlacements de la rafale. Un qui-vive imperceptible venait de traverser la tempête. Alors des ombres se rapprochèrent ; un chuchotte- ment se fit entendre, et des groupes se perdirent au milieu des immenses spirales de neige que chassait devant lui le terrible Nord-est. On faisait maigre et monotone vie dans le vieux Québec assiégé, bien que ses habitant^ dussent