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198 A LA BRUNANTE. la fraîcheur de ses équipages, sous les yeux des éter¬ nels badeaux de ma ville natale. Chaque jour, à heures fixes, on voyait ainsi passer le gracieux sleigh de Madeleine, glissant sans bruit sur la neige soyeuse, ne laissant derrière lui que les deux minces filets tracés par ses légers patins, et se faisant précéder par le son argentin des petites clo¬ chettes qu’agitait fièrement son magnifique coursier. Alors les envieux disaient : — Est-elle heureuse cette petite Bouvart ! Les compâtissants murmuraient : — Quel malheur n’a-t-elle pas eu de perdre son père ? un si honnête homme ! Madeleine n’en tenait pas moins fièrement ses rênes. Son traîneau filait, puis disparaissait au loin sur la route blanchie, et autant en emportait le vent. Ce jour-là, elle allait encore plus grand train que d’habitude. La tête penchée en avant, le corps gracieusement incliné sur la chaude fourrure d’ours noir qui empê¬ chait le froid de décembre d’arriver jusqu’aux petits pieds de Madeleine, elle laissait toute liberté d’allure à son cheval. Il fallait que le diable fût à ses trousses, car autre¬ ment mademoiselle Bouvart n’aurait certes pas oublié de servir une verte semonce à son cocher John qui,