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l’amiral du brouillard. 189 Il s* en va baiser au front sa blanche fiancée, et derrière lui voguent les vaisseaux surpris par la brume dans ces endroits désolés. Sans que les matelots le sachent, il les entraîne à sa suite, — et chaque année, les nombreux et terribles naufragés de l’Ile aux Œufs et de ses environs te montrent, Louison, que le triste cortège ne fait jamais défaut à celui qui, honteux de son entreprise sacrilège contre notre pays, n’aime plus à voguer maintenant que dans le silence et par les ténèbres. • Hubert Emond a fait sa rencontre dernièrement, et le pauvre garçon a eu toutes les peines du monde à s’en débarrasser : ce n’est qu’en faisant un vœu à la bonne Sainte-Anne du Nord qu’il a réussi. Ah ! pourvu qu’il ne fasse pas de brume pour retourner à la goélette. Allons ! Louison, allonge-toi le cou dehors : la pluie a cessé ; inspecte le temps et siffle-moi ton air maintenant ; nous avons besoin de vent. Tont est manqué pour cette fois, car j’ai négligé un détail important. Ah ! si j’avais réussi à me procurer une main de gloire, ça ne serait ni le feu des Roussi, ni le pleurard de Gaspé, ni le braillard de la Madeleine, ni Y ami¬ ral du brouillard qui me feraient peur ; on passe partout avec cela, et la main de gloire ne connaît pas d’obstacles. u