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l’amiral du brouillard. 187 de la flotte que le géolier ébahi avait vu enterrer sur l’île, au milieu d’un morne qui, d’après ses cal¬ culs, ne devait pas être loin de l’endroit nommé aujourd’hui la Pointe-aux-Anglais. Ces causeries aidaient à tuer le temps, en atten¬ dant qu’à son tour le temps s’en vînt tuer le capitaine, lorsqu’un beau jour un choc infernal ébranla la cale où gisait l’arrière grand’père de Jean. Il perdit connaissance, et à quelques jours de là, il se retrouvait dans une maisonnette bâtie sur les bords de la Tamise qui est, m’a-t-on dit, le fleuve des Anglais. Tout ensanglanté, il avait été ramassé sur le rivage par de pauvres pêcheurs de l’endroit, qui, le voyant à l’article de la mort, l’avaient porté jusque là. Le pauvre amiral Walker n’avait pas eu de chance, paraît-il. En revoyant les côtes de son pays, il avait invo¬ lontairement songé à la réception que lui ferait la reine Anne, et prenant une résolution bien triste pour tout son monde à bord, il s’en était allé mettre un tison dans les poudres de la sainte-barbe, et s’était fait sauter. Le capitaine Paradis et une couple de matelots furent seuls sauvés. Son bonheur ne le quitta pas ; il parvint à passer en France, et à trouver là le commandement d’un vaisseau, Y Espérance de Nantes, en partance pour le pays.