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l’amiral du brouillard. dire, à son bord se trouvait miss Routh, la fiancée du commandant. Le pauvre amiral, resté en face de sa fiancée et de sa flotte perdue, pleurait à chaudes larmes, et je crois que si le père Paradis eût entendu ses sanglots une demi heure auparavant, il n’aurait pas jeté l’Anglais à la côte d’une main aussi ferme. Mais que veux-tu, Louison ? avant tout on se doit à son pays, et il n’y a pas de fiancée qui tienne lors¬ qu’on se prend à songer à tout le mal et à toute la misère que ces gros vaisseaux de guerre pouvaient im¬ porter dans la patrie ? L’arrière grand’père de Jean se frotta les mains en se disant qu’il avait bien fait, et moi qui n’ai rien appris à l’école et ne sais que les grosses choses qui façonnent un ignorant, je suis d’avis qu’en ce mo- ment-là le père Paradis était devenu grand devant son pays et devant son Dieu. L’amiral pleura toutes ses larmes en cinq minutes ; car, une fois son désastre bien constaté, il se tourna flegmatiquement vers le capitaine et lui dit froide¬ ment : — Monsieur, je vous avais donné le choix entre la barre ou la drisse de mon hunier ; vous serez satisfait de moi, vous aurez les deux. — A hoy ! lieutenant, faites monter le capitaine d’armes. Brown, mettez vos fers les plus solides à ce gail- lard-là et faites-le déposer à fond de cale en atten¬ dant que justice se fasse.