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l’amiral du brouillard. 183 La frégate, soumise au gouvernail, fit tête au vent, pendant que l’amiral Walker disait à son prisonnier : — Capitaine, il y va de notre vie à tous ; choisis¬ sez entre la barre ou le bout de la grande vergue. Jean Paradis eut un nouvel éclair; mais il reprit d’une voix lente : — Je vois bien qu’il est inutile pour un Canadien- Français de vous résister. Je capitule, M. l’amiral, et sauf le respect que je vous dois, je prends pour deux heures le commandement du vaisseau. Sur mon âme il ne lui arrivera rien ! Faites carguer les voiles ! ne laissez que la toile des huniers, ainsi que la mizaine, et dites-leur ça en Anglais ! Un silence de mort régnait à bord ; on n’entendait que les hurlements de la tempête qui arrivait dans le lointain, et les bruits de la manœuvre commandée par le capitaine. Z*Edgar, docile à la moindre pression de la rude main du Canadien, se cabrait comme un cheval que l’on dompte. Le long des sabords on voyait filer les lueurs de la mer qui, étincelante, se brisait à quelques encâblures de là sur les récifs, et déjà l’île aux Œufs était dépassée lorsqu’un coup de canon se fit entendre à l’arrière. Puis ce fut deux, puis trois, puis huit, puis quinze ; on eût dit que la flotte anglaise faisait le siège de ces cayes moutonneuses. Bientôt un immense cri de détresse s’éleva et domina toutes ces détonations; il fut suivi d’un