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182 A LA BRUNANTE. s’y prendre en deux fois, et cela à douze bons mois de distance, avant de pouvoir s’ancrer solidement par chez nous. — Malin que vous faites ! vous savez bien pour¬ tant que Kertk n’avait pas à son bord un pilote expérimenté comme M. Paradis, ex-capitaine du Neptune. Est-ce aujourd’hui que vous daignerez condescendre à prendre la barre, capitaine ? — Je suis votre prisonnier, M. l’amiral, et non pas votre pilote. A mesure qu’ils parlaient, le vent fraîchissait ; il s’était déclaré franc Sud, et dans le lointain com¬ mençaient à se dessiner les Sept-Iles. L'Edgar ployé sous ses voiles que l’on venait de hisser sur un ordre de l’amiral, filait à la diable, serré de près par son nombreux convoi. C’était beau de voir cela, Louison, et j’aurais voulu entendre raconter ces choses-là par le grand’- père Paradis. Les matelots chantaient gaiement en tirant sur les poulies, les vergues craquaient sous le poids de la toile qui se gonflait, mais dans son coin l’œil du capitaine Paradis lançait toujours ses éclairs fauves. Au-dessus de tout cela, la nuit arrivait à tire d’aile, et promettait une fière course à l’Anglais, lorsque tout-à-coup une voix se fit entendre à l’avant : — A hoy ! des brisants à tribord ! — Lof pour lof ! hurla l’amiral en se rapprochant de Paradis.