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l’amiral du brouillard. 179 On était alors en pleine guerre avec la France, et le Canada en supportait bien sa quote-part ; car les Bastonnais faisaient de leur pis pour se 1* an¬ nexer. Heureusement que nous avions à notre tête un fier gouverneur du nom de Vaudreuil. Il n’était pas homme à s’en laisser imposer, et, sur son ordre nos arrière grands’pères prirent la peine de mettre de nouvelles mèches à leurs fusils, — c’était la capsule du temps, paraît-il, — et cela ne présageait rien de bon pour l’Anglais. Tout marchait à ravir ; le ciel était gros de plaies et bosses, et chacun se frottait les mains croyant bien flanquer une bonne tripotée à l’autre. Pendant ce temps-là, le navire du père Paradis boulinait toujours son brin de chemin, tant et si bien qu’une belle nuit il se trouva au milieu d’une flotte de quatre-vingts vaisseaux. Le vieux marin se gratta l’oreille, arpenta fièvreu¬ sement son banc de quart, ajusta sa lunette, et fit ce que tu aurais fait en pareil cas, maître Louis ; mais il n’y avait pas à tortiller : le Neptune nageait au milieu de l’Anglais, et force lui fallut de baisser son pavillon. On fit un bon feu dans les faux-ponts du pauvre navire canadien, et une demi heure après, le capi¬ taine Paradis, tristement accoudé sur le bastingage anglais, regardait brûler sa petite fortune, pendant que sous lui louvoyait tranquillement YEdgar, vais¬ seau amiral de 70 canons, commandé par le Walker