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172 A LA BKUNANTE. Ils étaient las, harassés, et déjà Ton se préparait à faire halte avant de rebrousser chemin vers la cha¬ loupe, lorsque tout à coup T obscurité se fit autour d’eux. La chandelle venait de s* éteindre. — C’est ici, murmurèrent-ils tous les deux ensem¬ ble : faisons le parfum du samedi, et à l’œuvre avant que la tempête puisse nous pincer ! Vareuses et chapeaux roulèrent à terre, et Jacques ainsi que Louis se mirent à triturer cet arôme mys¬ tique, d’après les règles d’Albert-le-Grand. Ils prirent dans le sac rouge de la graine de pavot noir et de jusquiame, de la racine de mandragore, de de la poudre d’aimant et de la myrrhe. Après avoir pulvérisé le tout entre deux pierres blanches, ils y mêlèrent du sang de chauve-souris et de la cervelle de chat noir, puis en composèrent une pâte divisée en trois petites boules, qu’ils firent sécher et brûler à la chandelle. Il ne restait plus à accomplir que les rites com¬ mandés par Jamblic et Arbatel, et, marchant l’un vers l’autre, ils plantèrent, à main droite, une branche de laurier vert, et à main gauche, une branche de verveine. Entre elles la terre devait être creusée, et bientôt les pics se mirent à tomber avec une telle régularité qu’on eût dit un seul travailleur à l’œuvre. Sous leurs efforts une fosse allait s’élargissant, et déjà elle avait atteint la hauteur d’un homme ordinaire, lorsque Jacques dit à Louis.