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10 A LA BRUNANTE. chantés sur tous les tons, et un jour Alice se penchant à l’oreille d’Edouard lui murmura timidement : — Avez-vous oublié l’aiguille ? Ces paroles affectueuses portaient en elles une par¬ celle du baume du samaritain de l’Evangile, car à quelque temps de là, Alice et Edouard agenouillés aux pieds du Christ de l’église du village, se juraient mutuellement de s’aimer toute la vie, ce qui est plus difficile qu’on ne le pense, même pour les âmes patientes. Le garçon d’honneur remarqua qu’Alice avait prononcé son “ oui ” d’une voix forte et calme ; et, au grand étonnement des invités, quand, après être rentré chez lui, Edouard présenta à sa femme sa cor¬ beille de noces, la première chose qu’elle en retira fut une aiguille d’or. —Si jamais il nous prenait fantaisie de rompre ce que Dieu vient de lier, cette aiguille raccommoderait tout, n’est-ce pas Alice ? —Oh ! oui, Edouard, repartit la voix mutine de sa femme. C’était la deuxième fois qu’elle disait “oui” depuis le matin. Ce mariage fut on ne peut plus heureux, et Edouard, qui n’a cessé que depuis quelques années d’être mem¬ bre du parlement, ne décroche plus son grand sabre de cavalerie que pour mieux faire rire les cinq blondes têtes d’enfants que Dieu lui a envoyées. De temps à autre il reçoit encore, par l’entremise du jeune Darlington, des nouvelles de ses anciens