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l’amiral du brouillard. 171 prescrit le petit livre de l’Enchéridion? Je la sais par cœur. — Cela ne peut être mauvais ; d’après mes don¬ nées, nous ne devons pas être bien loin de l’endroit où est enfoui le trésor de l’Anglais. Mais, avant de psalmodier, il nous faut allumer notre précieuse chandelle de suif rouge (*) ; passe-là moi, j’ai mon briquet à la main. Jacques déposa dans l’une des anfractuosités du rocher les deux pics et les deux pelles qu’il portait ; puis, s’asseyant sur le roc, de manière à tourner le dos au couchant, il tira mystérieusement de son gousset une chandelle de maigre apparence enclavée dans un morceau de bois de coudrier, taillée en torme de fer à cheval. Elle était composée de / graisse de chrétien et, une fois allumée selon les rites de Cardan, ne devait plus s’éteindre qu’à l’endroit précis où le trésor tant désiré était enfoui. Louis mit le feu sur la mèche en prononçant des paroles cabalistiques, et reprenant leur ascension, il s’avancèrent en psalmodiant. Dès que la chandelle se mettait à vaciller, ils s’ar¬ rêtaient, ivres de désir et d’espoir : la lumière se redressait-elle vive et pétillante, nos deux rôdeurs reprenaient la tête basse leur marche nocturne. Cela durait depuis vingt minutes, et à mesure que Jacques et Louis s’avançaient, le trésor de l’Anglais semblait reculer devant eux. (*) C’est ainsi qu’en cabalistique se nomme une bougie confec¬ tionnée avec de la graisse de mort.