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MON AMI JEAN. 163 sons les yeux du docteur. Le hasard avait favorisé un Allemand qui, après avoir proprement vissé une poignée de cuivre sur le sommet du crâne, avait suspendu la pauvrette à son ciel de lit, juste entre ses deux taies d’oreillers. Les Allemands ont de ces gaietés-là, et le soir, en s’endormant, comme le matin, en s’éveillant, il avait sans cesse devant lui l’ensemble de ses études anatomiques, spécialité qu’il cultivait ; car il aspirait à être plus tard prosecteur de la faculté médicale. En entendant les paroles du médecin, Jean laissa retomber sa tête sur son lit, et pendant quelques instants, à voir l’éclat fiévreux de son regard, on s’aperçut bien que sa pensée était auprès de sa femme. Puis, une crise de toux s’en vint le prendre, et, comme sur son mouchoir grandissait une goutte¬ lette de sang, il le passa rapidement sur ses yeux, car son voisin de douleur l’observait, et il feignit de s’endormir. Du moins, ce fut dans cette position-là que je le trouvai ; j’étais revenu du tropique, et à force de démarches j’avais réussi à savoir où mon pauvre ami Jean se mourait. En me voyant, il allongea tristement la tête hors des draps ; puis, me tendant sa main amaigrie, me dit en* ébauchant un sourire : — Eh bien ! mon pauvre Henri, moi qui me suis pris à aimer les voyages, me voilà à la veille d’en faire un bien long, n’est-ce pas ?