Page:Faucher de Saint-Maurice - À la brunante, contes et récits, 1874.djvu/169

Cette page n’a pas encore été corrigée


MON AMI JEAN. 161 Julie y entra souriante et résignée, pour ne pas trop désespérer son mari. Au fond, la pauvre enfant savait que tout était perdu; ses poumons commençaient à s’en aller. Jean avait le cœur gros lorsqu’il entendit se fermer la grille de l’hôpital ; mais il était tissé de volonté, ce garçon-là ; aussi, se remit-il comme de plus belle à battre le pavé de New-York, jusqu’à ce qu’il eût trouvé quelque chose à faire, et qu’il fût entré, comme correcteur d’épreuves, au Courrier des Etats-Unis, Les gages n’étaient pas forts ; mais cette besogne lui allait, puisqu’elle lui permettait de s’échapper parfois pour courir auprès de sa chère Julie. Il lui apportait alors de ces mille et un riens qui rendent les malades si heureux ; puis on causait du pays, et l’on faisait des projets d’avenir. Julie approuvait tout ; elle seule savait que c’était fini, et qu’elle s’en irait avec les feuilles. Jean, de\tson côté, la trompait\ten\tlui disant\tces choses ; la\tfatigue, la misère,\tles chagrins\tlui rongeaient la poitrine, et ils étaient là tous deux assis en face l’un de l’autre, souriant à la vie et ne songeant qu’à la mort. Un jour pourtant, Jean défaillit et prit, lui aussi, la terrible route de l’hôpital. Cette même semaine-là, Julie prenait le chemin du ciel et,\tcomme personne n’était venu réclamer son pauvre\tcorps, d’après la règle\tde\tla maison\toù