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MON AMI JEAN. 149 Alors, on donnait un coup d’ épaule pendant une semaine. Nous rattrapions les autres, et c’est ainsi que nous répondîmes merveilleusement au catéchisme, et que nous fîmes une bonne première communion. Par ici, par là, on avait, bien un tant soit peu regretté la mare aux canards, Julie, les noisettes, les dîners sur l’herbe, Joséphine ; mais, pour être homme, il ne fallait pas trop songer à ces choses qui étaient si douces à penser. Nous nous appliquions à connaître Lhomond à fond, jusqu’aux participes exclusivement : l’addition, la soustraction, la multiplication, la di¬ vision n’avaient plus de secrets pour nous : on pro¬ nonçait à merveille le th anglais, et toute cette immense érudition nous avait fait trouver mûrs pour le Séminaire de Québec. Là, notre cours classique s’était fait comme à l’or¬ dinaire. Jean était trop méthodique pour se permettre de sauter une classe, et moi, si j’aimais la gymnastique, j’avais celle-là en horreur. Clopin-clopant, on se suivait ainsi d’année en années, et quand les vacances arrivaient gaiement au bout de l’an, Jean, Julie, Joséphine et moi, nous passions nos veillées à dessiner, à faire de la musique, à rire et à causer joyeusement. Parfois, la grande Julie et monsieur Jean se hazar- daient à parler du bon vieux temps, comme si déjà ils