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148 A LA BRUNANTE. sur le bord ciselé que le parfum de ce qu’elle a con¬ tenu. Heureux alors celui qui se rappelle les heures perdues, car c’est encore une joie de savoir les pleu¬ rer. Un jour, il fallut dire adieu à toutes ces voluptés et à toutes ces innocences. Nos mères nous annoncèrent mystérieusement que bientôt nous allions devenir des hommes ; et le soir, en famille, on se mit à parler gravement de notre première communion. Nos pieuses mamans, pour être plus certaines de nous, nous confièrent alors aux Frères de la Doctrine Chrétienne. Ils avaient une maison en dehors de la porte Saint-Jean de Québec ; la règle n’y était pas trop sévère, et comme les fenêtres de la classe donnaient sur le glacis des fortifications de la ville, bien des fois les yeux de Jean et les miens se rencontraient dis¬ traits, sur ces pelouses veloutées où les enfants des soldats jouaient tout à leur aise aux barres, à la balle, à l’attaque. Certes, les petits oiseaux en cage aiment bien à voir voler et à entendre gazouiller leurs frères du nuage ou du bois : nos esprits faisaient comme eux ; ils s’attardaient à suivre les ébats de la gent libre, et comme la leçon ne s’apprenait guère pendant ces minutes de rêveries, les pensums nous arrivaient à tire-d’aile. Nous les faisions gaiement, et le lende¬ main cela recommençait, jusqu’à ce que la note nou¬ velle s’en vînt nous dire, comme d’habitude : — Travail, assez bien ; mais dissipé en classe,