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146 A LA BRÜNANTE. Alors, la ronde commençait, et Jean nous chantait de sa voix un peu faussette : V’ia l’bon vent, V’Ia l’joli vent, V’ia l’bon vent, Ma mie m’appelle. V’ia l’bon vent, V’ia l’joli vent, V’ia l’bon vent, Ma mie m’attend ! Pendant que nous chantions, toute penchée sous la grosse brise qui faisait à peine bercer les fraisiers en fleurs, notre balancelle voguait bravement, et s’en allait à tire-d’aile faire naufrage sur ces jolis cailloux de quartz argenté, qui nous firent si long¬ temps envie, mais que nous ne pûmes jamais nous dé¬ cider à aller quérir. Pour cela il aurait fallu se mouil¬ ler, ce qui nous aurait valu la grosse pénitence d’être solidement attachés par une carde de laine au pied du grand fauteuil de la bibliothèque.* La voile du pauvre vaisseau clapotait tristement sur l’eau, au grand ébahissement des canards qui, le cou allongé, les pattes prêtes à nager, s’étaient effrayés pour si peu. Mais la panique ne durait qu’une seconde, et les coins-coins rassurés se remettaient à barbotter dans la mare tout à leur aise, dès qu’ils avaient vu frémir, puis se tordre, quille en l’air, et rester là inerte sur l’eau, la terrible frégate de Jean. Moi, pendant tout ce temps, je préparais un petit dtner sur l’herbe.