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LE FANTOME DE LA ROCHE. 143 d’esprit et d’indulgence sur les douces choses du passé, et sur les curieuses absurdités du temps présent. Pauvre grand*mère ! dire que vous nous avez quittés depuis huit longs mois ! et cela, malgré toute notre tendresse et tous nos petits soins ! Le canapé où vous êtes morte est encore là, triste et solitaire, en face de votre causeuse à peine refroidie, et pour¬ tant rien qu’à regarder ces objets que vous aimiez tant et qui respirent encore votre vie, il me semble entendre votre voix claire et sympathique me racon¬ ter les légendes et les histoires de jadis. Je suis seul ici, ce soir, grand’mère. Il vente dehors, et la pluie tombe froide et serrée au cime¬ tière. Allons ! revenez auprès de moi ; tisonnez le feu qui s’éteint et asseyez-vous là, bien en face de moi. Personne ne vous dérangera ; car j’ai fermé ma porte à tous les bruits du dehors. Causons en doux tête-à- tête, et contez-moi une longue histoire bien horrible, telle que celle du fantôme de la roche. Elle me faisait si peur dans le temps ! vous en souvenez- vous grand’mère ? Hélas ! rien ne me répond plus, et la voix aimée s’en est allée où sont les neiges d’an tans. Seul ! je reste, essayant à percer de l’œil, l’avenir noir qui s’étend devant moi, jusqu’au jour où, à mon tour, je serai conforté et consolé par la bienveillante apparition du fantôme de la roche.