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LE FANTOME DE LA ROCHE.

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Leur esprit est délié de toute enveloppe matérielle, et votre bonne action me fait du bien, puisque votre générosité met à l’abri les quelques jours d’ex¬ piation que ma mère doit encore passer sur terre. Quant à ma dette, voici comment vous serez rem¬ boursé. J’ai laissé dans un coffre, à la Pointe Lévis, quel¬ ques effets qui sont de bonne vente. Prenez sur le produit l’argent qui vous revient de droit, et avec le reste faites-moi dire des messes. La voix s’éteignit peu à peu dans un murmure con¬ fus, et mon oncle, les cheveux collés sur les tempes à force d’avoir sué sous le poids de la peur, se retrouva seul dans son magasin. La petite lanterne sourde lui montrait toujours le ballot où Martial s’était assis; mais le mort s’était évanoui avec la voix sépulcrale, et on n’entendait plus que le trottinement des rats sous le plancher. Alors M. Fraser regagna lentement, à reculons, la petite porte qui menait à l’escalier. Là, il se prit à grimper les marches quatre à quatre, et quand il fut bien pelotonné sous ses cou¬ vertes, ma grand’tante l’entendit murmurer entre deux versets du De profundis : — Ah ! ma bonne Luce ! Martial Dubé vient de me confier des choses que je ne te dirai qu’à l’heure de ma mort,