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LE FANTOME DE LA ROCHE. 125 saison longue et giboyeuse, et chacun allait retenir son passage, tout en chansonnant en chœur : — V’ià l’automne qu’est arrivé : Tous les voyageurs vont monter ; Nous n’irons plus voir nos blondes. Dans les chantiers nous hivernerons ! Dans les chantiers nous hivernerons ! Certes, il faisait bon de voir tous ces braves gens partir comme cela, le cœur gai, le sourire aux lèvres ; et, tout en se disant cela, mon oncle se frottait les mains et murmurait : — Us ont bien raison d’être joyeux, ma foi ! le travail les attend là-bas, tandis que voilà la morte saison qui arrive pour moi. Il faudra que je dise ce soir à Jeanne de mettre en bouteilles ce vieux whiskey écossais que m’a envoyé mon cousin Malcolm. Quel plaisir n’aurai-je pas cet hiver à les déboucher une par une, en compagnie du vieux capitaine de Lacorne, qui prétend toujours que le Canada a été vendu par de Vergor, au lieu d’avoir été conquis par Wolfe. Ah ! ah ! je vois d’ici le chevalier cligner finement de l’œil, tout en emplissant son verre d’un bon doigt, puis y verser doucement l’eau chaude en disant : — Saprelotte ! qu’il fait froid dehors ! Brrrr ! à votre santé, capitaine Fraser ! Il en était là, de son monologue, lorsqu’un voya¬ geur, se détachant du groupe qui flânait au coin de la 9