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LE FANTOME DE LA ROCHE. 123 Autrefois, j’avais un grand-oncle qui vivait dans la rue de Notre-Dame. Cela était en 1764, et tu vois que ça ne date pas d’hier. La basse-ville était alors le quartier le plus aristo¬ cratique de ce cher vieux Québec, qu’on commence à me démolir. Il nous quitte pierre par pierre, et bientôt il n’en restera plus rien que ses rues étroites et tortueuses, et son cap gris, tout triste de se voir veuf de ses canons, Déjà s’en vont ses vieilles portes dont on était si fier autrefois ; elles gênent la circulation, paraît-il, du moins M. le Maire nous l’assure, et il faut bien déranger ces niches poussiéreuses où dort silencieusement notre histoire, pour laisser passer deux voitures de front. Ah ! les vieillards sentent bien qu’ils*sont de trop maintenant : les jeunes le leur disent tous les jours en se laissant mourir jeunes ; et puisqu’il est bien vrai que les vieilleries ont fait leur temps, je dois bientôt me préparer à partir moi-même. — Mon grand-oncle demeurait donc dans la rue Notre-Dame. Je ne l’ai connu que par les récits de mon père ; mais c’était, m’a-t-il dit, un beau vieillard, large d’épaules, l’œil vif, les cheveux grisonnants, qui jadis avait été capitaine dans les “ Montagnards de Fraser. ” C’était un de ceux qui avaient eu pour triste mission d’aller incendier St. Joachim. Là, il s’était querellé avec le cruel Montgomery et, comme tout