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LE FANTOME DE LA ROCHE. 121 Je la revois encore au fond de ma chambre, aimable, souriante et belle sous son diadème de che¬ veux blancs, me regarder de son œil gris et serein ; et, s'appuyant sur sa petite canne de frêne, gagner tout doucement, clopin-clopant, le grand fauteuil en cuir de Russie d'où elle savait causer avec tant d'es¬ prit et d'indulgence sur les douces choses d’autrefois et sur les curieuses absurdités du temps présent. Pauvre grand'mère ! dire que vous nous avez quittés depuis huit longs mois, et cela, malgré toute notre tendresse et tous nos petits soins ! Le canapé où vous êtes morte est encore là, triste et solitaire, en face de votre causeuse à peine refroidie, et pour¬ tant, rien qu’à regarder ces objets que vous aimiez tant et qui respirent encore votre vie, il me semble entendre votre voix claire et sympathique me racon¬ ter les légendes et les histoires de jadis. Je suis seul, ici, ce soir, grand’mère. Il vente dehors et la pluie tombe froide et serrée au cime¬ tière. Allons ! revenez auprès de moi : tisonnez le feu qui s'éteint et asseyez-vous là, bien en face de moi. Personne ne vous dérangera ; j’ai fermé ma porte à tous les bruits du dehors. Causons en doux tête- à-tête, et contez-moi une longue histoire bien hor¬ rible, telle que celle du Fantôme de la Roche. Elle me faisait si peur dans le temps ! vous en souvenez-vous, grand'mère ?