Page:Faucher de Saint-Maurice - À la brunante, contes et récits, 1874.djvu/124

Cette page n’a pas encore été corrigée


116 A LA BRUNANTE. — Comme tu voudras, monsieur ; mais tout de même, tu es devenu fièrement ennuyeux ! et toi qui riais de si bon cœur de notre curé, tu as rattrapé le temps perdu, et te voilà maintenant plus dévot que le pape. Sans répondre, Cyprien se dirigea vers la grève, suivi de Jean et de Daniel ; là, ils poussèrent la berge à l’eau, et se mirent à ramer vers le large. Le temps était légèrement couvert ; un petit vent soufflait doucement, et tout promettait une bonne pêche. Daniel chantait une chanson de rameur, pen¬ dant que Cyprien et Jean fendaient silencieusement la lame ; cela dura ainsi jusqu’à ce qu’ils fussent arrivés sur les fonds ; alors, ils se mirent courageuse¬ ment à pêcher. Pendant deux bonnes heures, ils y allèrent de tout cœur, et la berge s’emplissait de morues, lorsque Daniel interrompit tout-à-coup son travail, en disant : — Ne trouves-tu pas Cyprien que la brise renfor- cit ? il serait plus prudent de rentrer, qu’en dis-tu ? Cyprien sembla sortir d’une longue rêverie : du regard, il fit le tour de l’horizon ; puis, d’une voix brève, il commanda à Jean : — Lève la haussière ! Et se tournant vers Daniel : — Déferle la voile ! je prends la barre ! déferle vite, nous n’avons pas de temps à perdre, Daniel !