Page:Faucher de Saint-Maurice - À la brunante, contes et récits, 1874.djvu/120

Cette page n’a pas encore été corrigée


112 ▲ LA BRUNANTE. s’était vite apprivoisé à l’idée du travail, une mo¬ deste aisance l’avait bientôt récompensé de son labeur assidu. C’était à Paspébiac qu’il habitait maintenant ; il lui avait été difficile de demeurer plus longtemps en ce village de la bonne Sainte-Anne du Nord, qui ne lui rappelait que le souvenir de ses fredaines passées. Là, il avait trouvé de l’emploi auprès de la maison Robin qui avait su apprécier cet homme sobre, actif, rangé ; et petit-à-petit les économies n’avaient cessé de se grouper autour de lui ; car Marie aidait aussi de son côté, et tout marchait à merveille. Chaque semaine, les écus s’en allaient au fond du grand coffre qui renfermait le linge blanc ; et là, ils s’amoncelaient dans le silence, en attendant le mois de septembre suivant, époque où le fils Jeannot pour¬ rait monter commencer ses études au petit séminaire de Québec. Cyprien s’était bien mis en tête de lui faire faire son cours classique, et Jeannot avait débuté en écoutant attentivement sa mère lui inculquer ces principes sages, cet amour de la religion et cette triste expérience du monde qu’elle avait su jadis faire passer dans l’âme du petit Cyprien. Le bonheur terrestre semblait fait pour cette humble maison ; la paix de l’âme y régnait en souveraine, lorsqu’un soir une catastrophe soudaine y fit entrer les larmes et les sanglots. C’était en hiver, au mois de janvier.