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4 A LA BRUNANTE. Edouard le savait par expérience, car son premier amour avait été pour une pâle Anglaise, qu’il avait regardée de trop près, et qui, dans un jour de dé¬ ception, avait offert son cœur à Dieu ; aussi jura-t-il de ne pas s’approcher avant de bien connaître le terrain. Alice, de son côté, était trop femme pour ne pas s’apercevoir de l’impression qu’elle produisait sur son voisin ; et, fière de sa nouvelle conquête, elle le laissa tranquillement entrer dans la collection de papillons qu’elle se formait, se disant bien qu’une fois là, elle l’y retiendrait à loisir, et qu’elle pourrait se passer le mignon caprice de lui enfoncer comme aux autres, entre les deux ailes, son épingle de naturaliste — l’amour. Pendant un mois, Edouard fit ce que font tous les amoureux ; il se contenta d’aimer Alice de toute son âme de poète, se figurant qu’il était impossible pour elle d’en aimer un autre. MM. Meunier et Darlington, les deux autres pré¬ tendants, en croyaient autant, et Alice était on ne peut plus heureuse de les aimer à son aise tous les trois, car — toujours confidentiellement — elle les aimait éperdûment, tant qu’elle les voyait assis près d’elle et lui contant fleurette, mais il ne fallait pas s’en aller. Autrement le vilain petit dieu de la fable courait au plus pressé, et décochait aus¬ sitôt sa flèche la plus aiguë à l’heureux remplaçant. Presque chaque jour, après-diner, Edouard venait causer avec Alice. Ce qui au commencement n’avait