Page:Faucher de Saint-Maurice - À la brunante, contes et récits, 1874.djvu/116

Cette page n’a pas encore été corrigée


io8 A LA BRUNANTE. d’habitant, boire votre champ, au lieu de le cultiver. Dans quel siècle vivons-nous donc, grand Dieu, et où Tintelligence humaine's’en va-t-elle? Cyprien ne riait plus ; la tête baissée, les joues vivement colorées, il réfléchissait silencieusement. Mauvaise cervelle, mais cœur excellent, il ne trouvait plus rien à dire et, comme l’oncle Couture venait de rentrer, après avoir fait le train des animaux ét le tour de ses bâtiments, il dit tout simplement à voix basse : — Merci ! merci du sermon ! il profitera : et main¬ tenant, il faut que je m’en aillq ; sans rancune, Marie, au revoir. En route, il fut rêveur et fit, presque sans s’en apercevoir, tout le bout de chemin qui le séparait de la maison Roussi. Dès ce jour, il y eut un changement notable dans sa conduite. Ses amis ne pouvaient plus mettre la main dessus; il était toujours absent, et même les mauvaises langues commençaient à chuchoter ; car le cabrouet de Cyprien s’arrêtait souvent à la porte du père Couture. Marie était légèrement malade depuis quelques jours ; le travail avait un tant soit peu ébranlé cette frêle constitution et, sous prétexte d’aller chercher de ses nouvelles, le petit Cyprien passait ses après-midi à la maison de la couturière. Or, un beau matin , comme Marie était à prendre une tisane, et que Cyprien tout distrait