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LE FEU DES ROUSSI. ï°5 choses, dites-moi, cœur dans la main, quel plaisir trouvez-vous à être détesté par toute une paroisse, et à vous moquer continuellement de tout ce que votre mère n’a fait que vénérer pendant sa vie ? — Quel plaisir ! mais Marie, il faut bien tuer le temps, et je conviens franchement, puisque vous l’exigez, que je m’amuserais beaucoup mieux à Québec. Ça, c’est une ville où l’on peut faire tout ce qu’on veut sans être remarqué ; mais ici, pas moyen de dire un mot sans que de suite il prenne les proportions d’un sacrilège. Vous ne me connaissez pas d’hier, mademoiselle Marie, et vous savez bien qu’en fin de compte, je suis un bon garçon, mais je n’aime pas à être agacé, et dès que l’on m’agace, je\t — Eh bien, je quoi ? — Sac à papier ! je ris. — Vous riez, pauvre Cyprien ! mais savez-vous ce que vous faites ? vous riez des choses saintes. Dieu, qui de toute éternité sait ce que vous fûtes et ce que vous deviendrez, se prend alors à considérer cette boue qu’il a tiréê du néant et qui cherche maintenant à remonter vers lui pour l’éclabousser, et alors, cette bouche qui profère en riant le blasphème, il la voit à travers les ans, tordue, violette, disjointe et rongée par la vermine du cimetière. — Vous lisez, mademoiselle Marie, vous lisez trop ; vos lectures vous montent à la tête, et quelquefois, ça finit par porter malchance.\t*