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comment, il s’en était allé tranquille mettre le cheval à l’écurie, et remiser la voiture sous le hangard.

Pendant l’accomplissement de cette bonne action, le petit Cyprien, le toupet relevé en aile de pigeon, le coin du mouchoir artistement tourmenté hors de la poche, avait fait son entrée triomphale, tenant d’une main son fouet, et de l’autre sa pipe neuve.

Marie était bonne fille, au fond. Cet air d’importance n’amena pas le plus petit sourire sur le bout de ses lèvres roses. Elle lui tendit gaiement la main, tout en disant :

— Eh ! bien, comment se porte-t-on par chez vous, Cyprien ?

— Mais cahin et caha, mademoiselle Marie : l’oncle Roussi est un peu malade ; quant à moi, ceci est du fer, ajouta-t-il, en se passant familièrement la main sur la poitrine.

— Savez-vous que vous êtes heureux d’avoir bonne santé comme cela, Cyprien : au moins, c’est une consolation, pour vous qui mettez sur terre tout votre bonheur, car, pour celui de l’autre côté, on m’assure que vous n’y croyez guère.

— Ah ! pour cela, on ne vous a pas trompé, et je dis avec le proverbe : un tu tiens vaut mieux que deux tu tiendras.

— C’est une erreur, Cyprien ; on ne tient pas toujours, mais en revanche vient le jour où l’on est irrévocablement tenu : alors il n’est plus temps de regretter. Voyons, là, puisque nous causons de ces