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LE FEU DES ROUSSI. 97 Pierriche récolte le dimanche. Parfois, il me prend des envies de la saigner ; il me semble qu’il doit y avoir quelque chose de louche là-dessous. — Mais, saignez-la, Angélique ; saignez-la, inter¬ rompit la veuve Demers. Qui sait ? en la piquant du bout d’un couteau, peut-être délivrerez-vous un pauvre loup-garou ; car, pour finir leur temps de peine, il faut de toute nécessité qu’un chrétien leur tire une goutte de sang ; ce sont les anciens qui le disent. — Ah ! bien, ça n’est pas moi qui saignerai Cyprien Roussi; j’aurais trop peur de toucher à sa peau d’athée ! C’était la petite Victorine qui hasardait cette timide observation, et peut-être se préparait-elle à en dire plus long sur le compte de Cyprien, lorsqu’on entendit une voix avinée qui venait du chemin du roi. Elle chantait : On dit que je suis fier, Ivrogne et paresseux. Du vin dans ma bouteille, J’en ai ben quand je veux, (i) — Tiens! voilà le gueux qui passe, murmura modestement la charitable Angélique, en marmottant quelques douces paroles entre ses dents. (1) La plupart de ces fragments sont tirés des 11 Chansons populaires du Canada, recueillies et publiées avec annotations par M. Ernest Gagnon. ” Ce livre, qui se fait rare, est précieux A S lus d’un titre pour celui qui veut se rendre compte des origines e notre poésie et de notre littérature populaire.