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missibles aux emplois publics. Les peuples libres ne connaissent d’autres motifs de préférence que les vertus et les talents. » Voilà à quoi se réduit dans sa définition le droit à l’égalité, si solennellement proclamé d’abord. Les hommes ont droit à l’égalité, c est-à-dire à être jugés tous selon les mêmes articles de loi, et à être nommés sous-préfets, non pas tous, mais ceux qui auront plus de vertus et de talents que les autres. Voilà une égalité bien relative !

Je reconnais très volontiers qu’elle est plus grande que celle de l’ancien régime, où tous les citoyens n’étaient pas jugés selon les mêmes lois et où (sauf nombreuses exceptions) ils n’étaient pas admissibles à certains emplois publics s’ils étaient plébéiens. Mais encore voilà une égalité bien relative ! Peut-on prononcer même le mot d’égalité dans un pays où les uns naîtront riches et les autres pauvres, où les uns recevront de l’éducation et de l’instruction et où les autres resteront dans l’ignorance, où par conséquent il y aura encore des classes selon la naissance ; où, selon la naissance, les uns seront armés et les autres désarmés ? Et de quoi les uns armés ? Des deux armes essentielles, des seules armes, pour mieux dire, qui existent, qui vaillent quelque chose dans les sociétés modernes : l’argent et l’instruction, l’argent et le moyen de se tirer d’affaire et d’arriver à tout, l’argent et l’arme sans laquelle, même