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donne une âme. De même qu’une fourmi isolée, qu’une abeille isolée est un monstre, de même l’homme isolé est monstrueux, ou pour mieux dire est nul. Il n’y a pas une âme de l’abeille, il y a une âme de la ruche. L’Etat n’est pas seulement le « milieu » où nous agissons. Il est l’âme centrale dont nous recevons les suggestions et qui fait, si l’on veut, que nous avons des âmes particulières, des semblants et des apparences d’âmes particulières. Non seulement in eo vivimus, movemur et sumus ; mais, ex eo vivimus, movemur et sumus.

Aussi, comme l’a dit l’un des théoriciens de cette école d’un mot qui doit rester : « Il faut moins socialiser les biens que socialiser les personnes. » Il faut empêcher les âmes d’être individuelles, ou plutôt, car elles ne le sont nullement, il faut leur persuader qu’elles ne le sont pas. Nous devons nous dire, non jamais : « Qu’est-ce que je pense ? » car nous ne pensons pas ; mais : « Qu’est-ce que pense le gouvernement ? » car l’âme du pays est en lui, et il n’y a d’âme que du pays. Il est donc fou, non seulement de parler de droits individuels, mais même de parler des droits de l’Etat ; car non seulement l’individu n’a pas de droit, mais l’Etat lui-même n’en a pas. Il n’a pas de droit, ce qui supposerait qu’il est créancier et qu’il y a un débiteur. Il n’y a pas deux personnes ; il n’y en a qu’une, à savoir lui. Il est ; et ce qui n’est pas lui n’est pas.