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moins du peuple qu’il gouverne, et le gouvernement ne peut être fort que s’il est aimé.

Que faire donc ? Puisque les conditions sont le contraire de ce qu’elles étaient dans l’ancienne Rome, il est probable qu’il faut faire le contraire de ce qu’on faisait dans la Rome ancienne. Les choses se sont en quelque sorte retournées. Le citoyen ancien ne pouvait aimer son pays que dans le despotisme, c’est-à-dire dans l’absorption intime de l’individu par l’Etat. Le citoyen moderne ne peut aimer son pays que dans la liberté, qu’en tant que l’Etat lui assure la liberté et respecte sa liberté. Il aime l’Etat qui ne le gêne pas, qui ne lui demande pas le sacrifice de sa croyance, de sa pensée et de son activité personnelle. Il aime l’Etat en raison de la liberté dont il y jouit. Dès qu’il se sent gêné, molesté, opprimé, il demande pourquoi.

Il n’y a pas d’autre différence d’une part entre l’antiquité et les temps modernes, d’autre part entre l’ancienne monarchie et les modernes monarchies ou modernes républiques que ce « pourquoi ? » Mais elle est sensible. A Rome on obéissait au peuple, dans l’ancienne monarchie on obéissait au roi sans demander pourquoi. « Pourquoi obéissez-vous au peuple romain ? — Parce que j’aime Rome. — Pourquoi obéissez-vous au roi ? — Parce que je l’aime ; parce que Vive le Roi ! » Mais dès que l’obéissance au chef n’est plus une religion, elle