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n’a pas toujours été vrai. Dans les sociétés antiques il n’y avait aucune liberté, et certes l’Etat était fort. C’est ce qui « crève les yeux agréablement » aux gouvernements modernes. On peut dire que dans beaucoup de pays, en Russie, en Allemagne, en France, en Italie, ils sont hypnotisés par l’Etat ancien. « Que c’était beau ! Point de libertés ! Une seule âme, l’âme de l’Etat. Le citoyen ne vit que dans l’Etat. Il a la religion, les doctrines, les idées, les maximes, les mœurs de l’Etat. Il n’a rien à lui ; il n’a rien d’individuel. Il est dévoué à l’Etat, purement et simplement. Il vit pour lui, meurt pour lui. C’est tout. Et l’on ne dira pas que l’Etat fût faible ! O Rome ! »

En admettant pour un instant que le tableau soit rigoureusement exact, c’est un beau tableau ; ce n’est pas une raison. L’Etat est fort quand il est aimé, voilà ce qui est de vérité absolue, de vérité éternelle. Mais l’Etat ancien était aimé sans qu’il fût nécessaire que la liberté y régnât, et l’Etat moderne ne peut l’être que si la liberté y règne. Voilà la différence.

Cela tient à ce que les choses ne sont pas toujours la même chose et qu’il y a eu beaucoup de changements depuis deux mille ans. Parce qu’il n’y avait pas chez les anciens beaucoup de façons diverses de sentir, de penser, de croire ; parce qu’il n’y avait pas beaucoup de connaissances diverses, de notions scientifiques, philosophiques,