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que ce que le Roi croyait et voulait qu’on crût.

L’Etat français a détesté le jansénisme comme le protestantisme, et pour les mêmes raisons, sentant admirablement que le jansénisme, sinon comme croyances, du moins comme tour d’esprit, était un protestantisme encore, une religion détachée à la fois de Rome et de Versailles, une religion libre, une religion qui exerçait un attrait et comme un charme sur tous les esprits libres, et qui leur donnait comme un centre.

L’Etat français a détesté le catholicisme lui-même à tel point que, comme l’Etat anglais, l’Etat prussien et l’Etat russe, il a voulu l’absorber en lui et faire des prêtres catholiques de simples fonctionnaires attachés à lui et dépendant de lui, de simples officiers de morale. Il a fait sur lui et pour les mêmes raisons, la même opération qu’il avait faite sur la magistrature. Il l’a fait rentrer dans l’Etat. Quand l’Etat fait de ces conquêtes, ce n’est pas qu’il aime ce qu’il conquiert, c’est qu’il ne peut pas le souffrir et qu’il dévore ce qui le gêne.

L’Etat est toujours antireligieux, même quand il administre la religion, surtout quand il l’administre ; car il ne l’administre que pour la supprimer comme religion véritable. Tâchons de ne jamais exagérer, mais disons cependant que l’Etat a quelque tendance à ne pas aimer beaucoup même la morale. Il aime une moralité générale et une bonne moralité douce et modérée qui