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On a cherché dans Montesquieu une distinction qui certes n’est pas mauvaise, qui est ingénieuse, qui est même fondée en vérité et en raison, mais qui conduit dans la pratique à des conséquences à bien peu près inextricables. On a dit comme lui : « Il n’y a pas de délit d’opinion ». Jusqu’ici, très bien. C’est précisément la vérité. Le délit moral est déjà dans l’opinion ; le délit légal n’est que dans l’acte : « Il n’y a pas de délit d’opinion. Seulement, dès que l’opinion et la manifestation de l’opinion est suivie d’un acte, elles sont connexes à cet acte, elles sont complices de cet acte, et celui qui a eu cette opinion et l’a manifestée est complice de ceux qui l’ont traduite en acte. Je prêche l’insurrection. Je suis coupable moralement, non légalement. On ne me dit rien. Mais il y a insurrection à la suite de mon manifeste. Je suis complice des insurgés et arrêté et puni avec eux, — si l’insurrection a échoué, bien entendu. » Voilà la théorie.

Encore une fois, elle est raisonnable autant qu’ingénieuse, et elle semble juste.

On ne saurait croire combien elle est peu pratique et combien elle devient injuste dans la pratique. L’acte dépasse tellement en portée, en importance et en criminalité la pensée et la manifestation de la pensée qu’il n’y a plus de commune mesure. Je dis, moi, féministe, que la « loi de l’homme » est une oppression de la femme par l’homme, et que la femme est dans un étau ou