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au législateur ; elle a posé en principe que la liberté de la parole et de la presse ne pouvait pas être interdite, par qui que ce fût. C’est d’un haut et pur libéralisme, et c’est de très bon sens ; car en cette matière, sitôt qu’on prévoit l’abus et qu’on se réserve ou qu’on réserve à qui que ce soit de le réprimer, ce n’est pas une fissure qu’on laisse au rempart, ce sont les portes qu’on laisse grandes ouvertes. Il est absolument impossible ici de fixer la limite où l’usage devient abus. L’abus c’est le moment où moi puissant, gouvernement ou législateur, je me sentirai blessé ou gêné. C’est l’arbitraire ; car la susceptibilité et la sensibilité du puissant, soit gouvernement, soit législateur, est infinie, indéfinie et indéfinissable.

Les formules qu’on a cherchées depuis, peut-être sincèrement, pour tracer cette limite, se sont trouvées d’une élasticité ridicule et redoutable. La meilleure : « excitation à la haine des citoyens les uns contre les autres », peut s’appliquer à n’importe quel livre et à n’importe quel article de journal ; car toutes les fois qu’on montre des citoyens opprimés ou seulement lésés par d’autres, on excite ceux-là à la haine contre ceux-ci.

Une formule fort bonne encore au premier regard : « provocation à la guerre civile », pourra faire condamner un écrivain qui aura comparé les chefs de son gouvernement à Sylla ou à Jules César.